Comprendre le DPI
Peu de notions techniques ont été aussi mal expliquées. Voici ce que le nombre désigne, ce qu’il ne désigne pas, et comment reconnaître les affirmations fausses qui circulent à son sujet.
Une image n’a pas de taille physique
Un fichier d’image est une grille : tant de pixels en largeur, tant en hauteur. Cette grille n’a pas de taille en centimètres, pas plus qu’un texte n’a de nombre de pages tant qu’on n’a pas choisi le corps et le format du papier. Une photographie de 4 032 × 3 024 pixels peut couvrir un timbre ou un mur.
Le DPI est le nombre qui tranche. Il dit : « imprimez cette grille à raison de tant de points par pouce ». Il ne décrit pas l’image, il donne une consigne sur son impression, et cette consigne est rangée dans l’en-tête du fichier à côté de la date de prise de vue ou du nom de l’appareil.
D’où découle tout le reste. Changer le DPI, c’est changer une consigne. Cela ne touche pas la grille. Une image de 800 pixels de large reste une image de 800 pixels de large à 72 ppp comme à 600 ppp ; seule change la surface sur laquelle on demande de l’étaler : 28 cm dans le premier cas, 3,4 cm dans le second.
Pourquoi cela ne change rien à l’écran
Un navigateur, une visionneuse, un téléphone affichent les pixels de l’image sur les pixels de l’écran. La densité déclarée dans le fichier n’intervient pas : elle est lue, parfois affichée dans un panneau d’informations, et ignorée pour le rendu. C’est pourquoi une image « passée à 600 ppp » a exactement la même allure à l’écran qu’avant.
Le nombre reprend un sens dès qu’une taille physique entre en jeu. Trois situations :
- Le placement dans un logiciel de mise en page. InDesign, Word, Scribus utilisent la densité déclarée pour décider de la taille à laquelle l’image arrive sur la page. Une photo à 72 ppp arrive quatre fois trop grande et déborde ; la même à 300 ppp arrive à la bonne taille. C’est le cas d’usage principal de cet outil.
- L’impression directe depuis une visionneuse. Certaines proposent « imprimer à la taille réelle », qui applique la densité déclarée.
- Le contrôle d’un imprimeur. Une chaîne de préparation automatique rejette parfois un fichier dont l’en-tête annonce une densité trop basse, même quand les pixels seraient suffisants.
Trois idées fausses
« Augmenter le DPI améliore la qualité »
Fausse, et c’est la plus répandue. Elle repose sur une comparaison truquée : on montre côte à côte une image floue étiquetée « 50 ppp » et une image nette étiquetée « 300 ppp ». Les deux n’ont pas le même nombre de pixels — c’est cela, et cela seul, qui fait la différence. À nombre de pixels égal, aucune valeur de DPI n’est plus nette qu’une autre.
La formulation correcte est : à une taille de tirage donnée, une image comportant plus de pixels atteint une densité plus élevée, donc un meilleur rendu. La densité est une conséquence, jamais une cause.
« Les images pour le web font 72 ppp »
Sans objet. Le chiffre vient de l’écran du premier Macintosh, en 1984, qui affichait effectivement 72 pixels par pouce — choisi pour faire coïncider un point typographique à l’écran et sur le papier. Aucun écran d’aujourd’hui n’a cette densité : un moniteur de bureau tourne autour de 100 ppp, un téléphone récent dépasse 400 ppp. Et de toute façon, la densité inscrite dans le fichier n’a aucun effet sur l’affichage. Une image « pour le web » n’a pas de DPI qui compte ; elle a un nombre de pixels et un poids.
« DPI et PPI, c’est pareil »
Presque, dans l’usage courant, mais la distinction a un sens. PPI (pixels per inch) décrit une grille de pixels : celle d’une image ou d’un écran. DPI (dots per inch) décrit les gouttes qu’une imprimante dépose sur le papier — et une imprimante à jet d’encre annonçant « 4 800 dpi » utilise plusieurs gouttes pour rendre un seul pixel. Les deux nombres ne se comparent pas.
Le champ des formats de fichier, lui, est bien une densité de pixels : c’est un PPI. L’usage a imposé « DPI » partout, y compris sur ce site, parce que c’est le mot que tout le monde cherche. En français, on dit ppp, points par pouce.
Où le nombre est rangé, format par format
Chaque format a inventé son propre champ, et aucun n’est interchangeable. C’est ce qui explique qu’une densité « se perde » lors d’une conversion.
| Format | Champ | Unité employée | Référence |
|---|---|---|---|
| JPEG | Segment APP0 « JFIF » | Pouce ou centimètre, au choix, sur 16 bits | UIT-T T.871, § 4.4 |
| JPEG | EXIF XResolution / YResolution | Fraction, avec une étiquette d’unité séparée | CIPA DC-008 (EXIF) |
| PNG | Segment pHYs | Pixels par mètre | Norme PNG, W3C |
| BMP | biXPelsPerMeter | Pixels par mètre | BITMAPINFOHEADER, Microsoft |
| WebP | Aucun | — | Le conteneur WebP ne prévoit pas de densité |
| GIF | Aucun | — | GIF89a ne prévoit pas de densité |
Deux conséquences pratiques. D’abord, convertir un JPEG en WebP perd sa densité, sans avertissement : le format d’arrivée n’a pas d’endroit où la mettre. Ensuite, PNG et BMP raisonnant par mètre, une densité réglée en pouces y devient un arrondi — un PNG à 300 ppp stocke 11 811 pixels par mètre, soit 299,9994 ppp. Les logiciels affichent tantôt 300, tantôt 299,99 ; les deux lisent le même fichier.
Que faire, alors, quand une image est trop petite
Aucun réglage d’en-tête n’y répond. Trois voies existent, par ordre de préférence :
- Retrouver l’original. L’image que vous avez est souvent une copie réduite : la version envoyée par messagerie, exportée pour le web, tirée d’une page. Le fichier de l’appareil photo, lui, a généralement tous ses pixels.
- Réduire la taille du tirage. C’est la solution la plus honnête et la plus fréquente : la même image en 13 × 18 plutôt qu’en A4 sera irréprochable.
- Agrandir par logiciel, en connaissance de cause. Un agrandissement — interpolation classique ou modèle appris — invente des pixels plausibles. Cela peut sauver un tirage vu de loin ; cela n’ajoute aucun détail réel, et cela invente parfois des détails qui n’ont jamais existé. À manier avec prudence sur un visage, un texte ou un document.